
De biens curieuses créatures que sont Charlotte Tiley et Natalie Ellner, co-fondatrices de l’organisation créatrice de masque d’animaux « The cabinet of curious creatures » créée en Juillet dernier et directement rattachée à The Last Tuesday Society, cette organisation pataphysique dont on a déjà parlé sur DL6AM. Issues de filières à la croisée du design, de la mode et de l’art, les 2 créatrices travaillent aujourd’hui conjointement sur des projets artistiques nécessitant la création de masques d’animaux : Concerts, clips, comédies musicales…
Loin des mascarades de la Renaissance, où le masque était utilisé afin de préserver un anonymat propice à une ambiance de libertinage, nos 2 jeunes londoniennes semblent être poussées par des motivations plus tribales.
Elle nous ont ouvert les portes de leur workshop qu’elles donnent à Bethnal Green (Londres) où elles proposent de réaliser son propre masque en 3h environ. L’occasion de leur poser quelques questions et en apprendre un peu plus sur leurs curieuses créations.

DL6AM : Vous avez créé The Cabinet Of Curious Creatures en Juillet 2011. Qui sont vos clients exactement?
Pour l’instant le cabinet a produit des pièces pour des particuliers, des clips vidéos, des artistes performers comme The Artful Badgers et Badger Badger ainsi que des pièces murales dans le domaine du design d’intérieur. On s’occupe aussi d’organiser des workshops pour : The las Tuesday SOciety, Secret Garden Party, le Bestival, Wilderness… en association avec the Old Vic Tunnels et Battersea Power station et d’autres entreprises qui font dans le social events.
DL6AM: Qu’est-ce qui vous attire dans la création de masques?
Les créatures qui naissent des profondeurs du cabinet supplient presque d’elles même d’être amenées à la vie. On note également un fort désir de la part des humains de fusionner avec le monde animal ou d’autres mondes magiques et plus spirituels. En usant de cet ancien art du masque et de la coiffe on insufle la vie à créatures et on permet à des personnes de se découvrir au travers d’une expérience dans la peau d’une autre entité. Il semble toujours y avoir une alchimie entre le masque et son porteur. Le choix du masque n’est pas anodin. Par exemple dans le masque du renard peut révéler quelque chose de caché, d’enfouie, dans le caractère d’une personne. Le port de ce masque peut permettre de débloquer cette face cachée. Cela permet donc d’en apprendre plus sur soi même ou de libérer une pan de nous même que l’on avait oublié depuis longtemps.
Cependant les masques ne sont seulement une parties de nos activités, nous faisons aussi : des coiffes, des prothèses, des marionettes, des pièces de design d’intérieur, des workshops pour apprendre à faire des masques ainsi que l’écriture d’histoires et de poésies.

DL6AM : Il y a pas mal d’artistes qui s’intéressent à la relation homme/animal comme Polly Morland qui fait de la taxidermie, Julian Baker qui fait des photos thérianthropiques où encore les illustrations de Lauren Mortimer ou Dan Hillier dans le même genre, que voulez vous exprimer au travers de ces travaux?
Notre volonté artistique est d’approcher une appréciation de la beauté, du plaisir, de l’obscurité et de la relation entre la nature et la créativité. Les animaux sont une véritable source d’inspiration car ils représentent tous les termes cités plus tôt. Ils sont instinctivement connectés à la Terre dont les humains, dans leur société complexe et matérielle, peuvent se sentir parfois détachés. Quand vous enfilez un masque d’animal vous commencez à ressentir une véritable connexion avec l’animal que vous avez choisi de devenir. Vous pouvez jouer avec la façon de vous déplacer et de communiquer, c’est comme si vous vous sentiez plus connecté à cet animal et plus déconnecté des contraintes inhérentes au statut d’humain. Tout tourne autour du jeu et de la créativité. Le porteur va exprimer et explorer des parts d’eux mêmes qu’ils n’aurait jamais soupçonné. Nous ne sommes que le catalyseur de tout ça, la magie et l’imagination du porteur existaient déjà en lui avant qu’il nous rencontre. C’est comme l’effet papillon. C’est exactement le but du cabinet, aider, faciliter et encourager la créativité et l’imagination pure.

DL6AM : J’ai vu des photos sur votre facebook où on vous voit créer des masques dans la forêt avec d’autres personnes et danser autour du feu… C’est quoi exactement? une sorte de fête tribale?
Les photos avec les gens en train de fabriquer les masques à l’extérieur proviennent d’un des nombreux workshops qu’on a organisé cet été. Il y a quelque chose de magique à créer un masque dans une forêt ou un champ, tu te sens plus proche de ce qui implique d’être un animal dans son habitat naturel. La chose la plus excitante c’est quand les gens commencent à regarder autour d’eux et trouvent l’inspiration de ce qu’ils découvrent. Un jour un étudiant a décoré un masque uniquement avec des feuilles et des écorces d’arbres, c’était incroyable.
Les autres photos proviennent d’une travail réalisé par le Cabinet pour une organisation appelée Artful Badger et son groupe de samba Badger Badger. Les danseurs dansaient autour du feu arborant des masques d’animaux que l’on a spécialement conçu pour eux. C’était une expérience hyper forte qui fait écho à celle des drum circles – puisant dans l’énergie de la Terre à travers les rythmes anciens et la danse.

DL6AM : Paradoxalement ne pensez vous pas qu’enfiler un masque est le meilleur moyen de faire tomber le masque social que l’on porte au quotidien?
Oui exactement. Porter un masque te donnes la liberté d’exprimmer ton moi intérieur à partir d’une perspective nouvelle et sans les contraintes et les attentes de l’être humain normal que tu es. Nous vivons dans un monde où nous nous plaisons à nous donner des étiquettes et cela met en place des barrières pour explorer notre potentiel dans d’autres domaines. Par exemple on va dire « Je suis banquier » ou « Je suis un mathématicien » donc je ne suis pas créatif. Nous pensons que « nous pouvons le faire » mais « nous ne sommes pas fait pour ça », et en porter un masque te donne cette totale liberté de faire ce que tu veux, d’explorer une créativité, le coté sombre ou la beauté que tu ne soupçonnais même pas avoir.
Pour savoir quand sera le prochain workshop surveillez le site de The Last Tuesday Society, la fréquence relevée est d’environ un workshop tous les 2 mois.
Crédits photos :
1, Les 7 personnes masquées :
photographe : Dan Burn-forti
Stylistes : isla Campbell, fiona suki
Band : Badger Badger
Masques : the cabinet of curious creatures
2, Tête de biche et fourrure ,
Photographe : Philip volkers
Styliste : fiona suki
Masque : the cabinet of curious creatures
3, Photo du workshop ,
Photographe : Alexandra welensky
4,Nathalie Ellner ,
Photographe : Alexander Michaelis
Coiffe : the cabinet of curious creatures















