James Renzelmann – L’homme du futur

Ayant toujours eu une admiration pour le travail des architectes de corps humain comme Lucy&Bart ou Orlan, c’est à l’occasion d’une exposition à Paris que je me suis intéressée au travail de James Renzelmann. Une création expérimentale qui a pour but de reconstruire, reformer et redéfinir le corps humain grâce aux structures créées sur la peau. Ses images provocatrices et étrangement belles suggèrent une nouvelle race : comme un archétype de l’homme du futur.

 

 

James, Tu es très éclectique et multiforme dans ta création, tu mélanges la mode, la photo, la communication visuelle et la sculpture.

 

Comment décrirais-tu ton propre travail?

Mon travail est effectivement au croisement entre toutes les disciplines que tu cites. J’ai renoncé à faire un choix entre les pratiques et je continuerai à explorer le plus de médiums possibles. Cependant, ces derniers temps, je me suis focalisé sur l’image et notamment la photographie. Disons que mon travail est changeant, mutant, en mouvement. C’est une sorte de laboratoire dans lequel je tente d’explorer les possibles de l’image, celle du corps, des autres, de ce qui m’entoure en l’altérant, en la transformant, en la maquillant : ces modifications se font soit avant la prise de vue en intervenant directement sur le corps, soit sur les logiciels de retouches ou enfin par une intervention sur la photographie imprimée.

 

Pourrais-tu me parler d’un projet qui te tient particulièrement à coeur?

Je vais peut-être te parler de ma dernière série photographique intitulée Jamestones dans laquelle j’ai mélangé à ma peau, à mon visage, des blocs de verre que j’ai trouvés dans une ancienne verrerie. Ils étaient cachés à l’arrière du bâtiment, laissés de côté. Il s’agit en fait de débris de vases ébréchés, de ratés. J’ai voulu parer mon corps de ces véritables « sculptures accidentelles » et donc travailler sur les notions de métamorphose et de passage entre corps et objet, vivant et inerte, opaque et transparent, souple et rigide, peau et pierre.

 

Crées-tu spontanément ou choisis-tu à chaque fois un thème bien précis pour ta création artistique?

J’essaie souvent de changer de méthode de travail. Parfois, je pars de la matière et me laisse guider par celle-ci. C’est très libérateur et je pense que c’est un véritable moyen de faire des trouvailles puisqu’on a un rapport très sensuel avec ce qui nous entoure : on devient sensible à l’aspect visuel, au toucher, aux sons qui sont produits. C’est comme cela que j’ai créé beaucoup de mes textiles.
D’autres fois, je pars d’une idée, d’un concept que j’essaie de matérialiser. C’est le cas d’un grand nombre de mes photographies.
Dans tous les cas, j’oscille entre deux pratiques : des heures passées devant l’ordinateur qui est mon atelier, le lieu où toutes mes images sont produites ou reprises et puis un besoin de me confronter à la matière, que ce soit de la peau, du tissu, de la pierre.

 

De quoi ou de qui t’inspires-tu?

J’admire les artistes qui ont exploré leurs pratiques et poussé les limites de la création, qui ont tenté de produire de nouvelles images, qui ne se sont pas contentés de ce qui leur était donné à voir. J’aime l’union des mouvements impressionnistes et expressionnistes chez James Ensor, la violence et la peinture-matière de Francis Bacon, la photographie novatrice et expérimentale de Man Ray. Chez les contemporains, j’aime Wim Delvoye, Jan Fabre, Gilles Barbier, ORLAN, Nick Cave…

 

Quels sont tes prochains projets?

Je vais certainement faire une collection de vêtements dans laquelle j’incluerai ce que j’ai déjà exploré par l’image : des découpes, de l’impression numérique, du déploiement, de la surprise, du changement d’état. Je vais bien sûr continuer à faire de la photographie, à poursuivre certaines séries déjà engagées comme la série des MEN HERE qui sont des paysages dans lesquels j’implante des pierres préalablement maquillées, peintes, pailletées, grâce à la retouche numérique, mais aussi la série des portraits de ma soeur Allison dans laquelle je tente de transformer, grâce à des maquillages divers, son visage. C’est une sorte de carnet d’idées. J’aime pouvoir revenir sur mes productions, les développer, prendre de la distance par rapport à elles et c’est notamment pour cela que j’adopte souvent le principe de la série.

 

http://www.jamesrenzelmann.com/

 

 

 

 

 

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